Négociations hostiles : Première partie

Traduction: arma
Relecture: odysseus1992
Intégration: odysseus1992

Note de l’auteur : Négociations hostiles a été d’abord publiée en tant que contenu exclusif pour les abonnés le 9 mai 2018.

En s’installant sur son siège habituel de la petite navette de transport, Kayla avala une gorgée de son thermos de maté et fit une grimace involontaire. Pas de sucre, pensa-t-elle en goûtant l’amertume persistante du thé. Encore une tentative de Susan pour encourager des habitudes plus saines. Sur Terra, Kayla avait été sous la dépendance d’un afflux constant de sucre et de caféine pour qu’elle reste alimentée pendant des journées de douze à quinze heures, mais maintenant qu’elle avait un travail de bureau, les calories en surplus avaient commencé à « arrondir les angles » comme Susan le présentait poliment. Pfff… C’est vraiment du maté sans ajout de sucre. Rassemblant son courage, elle prit une autre gorgée du breuvage astringent, l’ajoutant à la longue liste des choses auxquelles elle devrait s’habituer sur Crusader.

L’un des plus gros obstacles jusqu’à présent avait été de d’essayer de s’adapter à la géante gazeuse elle-même. À travers le hublot du vaisseau de transport, le soleil effleurait l’horizon, projetant une teinte rose désert profonde sur la mer infinie de nuages. Savoir qu’il n’y avait aucune terre ferme en-dessous l’effrayait toujours un peu si elle y pensait trop. C’était quand même une jolie vue.

Kayla sentit le vaisseau ralentir et se pencha pour s’assurer qu’ils approchaient de la plate-forme d’atterrissage du centre commercial. Son arrêt. Lorsqu’elle se leva de son siège, une foule d’ouvriers du chantier naval qui montaient dans la navette lui ouvrit rapidement un passage avec des sourires et des hochements de tête. L’un des avantages de porter un uniforme de la sécurité de Crusader.

« Bon séjour, Officier Frost », cria le pilote de la navette lorsque l’écoutille latérale se déploya, pour être entendu par-dessus le vent qui soufflait dehors en bourrasques.

« Merci », répondit Kayla en descendant, une main sur son chapeau pour le maintenir en place. Elle quitta rapidement la plate-forme pour permettre au transport de continuer vers son prochain arrêt, le chantier voisin. Une fois passé le coupe-vent, elle ralentit l’allure, utilisa son badge pour passer la douane et se dirigea vers la promenade.

La grande allée bordée de jardins donnait accès à la plupart des centres commerciaux et des services qui constituaient l’essentiel des structures de la plateforme, avec en prime quelques-uns des meilleurs points de vue sur les énormes vaisseaux Crusader en cours de construction. Même à cette heure matinale, les touristes s’agglutinaient le long de la vue, enregistrant avidement des vids comme si on allait exiger des preuves de leur voyage une fois rentrés chez eux. Elle avait entendu dire que le nombre de visiteurs avait baissé cette année, mais elle n’en avait pas l’impression en se frayant un chemin dans la foule. 

Ce fut avec soulagement qu’elle entra dans le bureau de la sécurité de Crusader, une oasis de calme loin du bourdonnement de l’activité extérieure. C’était quand même déconcertant en soi. La plupart des services où elle avait travaillé était habituellement un pêle-mêle de policiers, de criminels et leurs malheureuses victimes qui criaient, pleuraient et hurlaient. L’insistance de Crusader à engager des prestataires pour faire face à la charge de travail croissante dans le secteur avait un peu transformé le bureau en ville fantôme. Le bâtiment lui-même formait un contraste saisissant par rapport à la terne fonctionnalité de l’enclos qu’avait été son second domicile sur Terra pendant une dizaine d’années. Avec son ambiance plaisante et son design ergonomique, on pouvait dire que des « experts en dynamique de groupe » et des psychologues environnementaux spécialisés dans l’harmonisation des employés avec leur cadre de travail avaient probablement été consultés pendant la construction. En gros, il y avait beaucoup de lumière naturelle, beaucoup trop de plantes en pot et de couloirs qui menaient presque tous au « salon d’interface », c’est-à-dire la salle de repos. En se rendant à son bureau, elle salua, comme à l’accoutumée, les deux agents qui finissaient leur service. « Salut, Bautista. Salut, Gibbs. Bonne permanence ?

— Le cauchemar habituel, répondit Gibbs.

— C’était pas si dur que ça », ajouta Bautista, remuant son café-crème.

Comme elle, ils travaillaient tous les deux à la Division des liaisons, qui coordonnait les opérations de sous-traitance. Mais contrairement à elle, ils avaient la tâche ingrate de s’occuper du « stand de limonade », le petit bureau auxiliaire de proximité. Elle préférait de loin son travail d’attribution des contrats. Au moins, de cette manière, les gens à qui elle avait affaire avaient déjà passé la première étape de sélection. Bautista et Gibbs étaient censés être « accessibles », ce qui signifiait en pratique qu’ils passaient beaucoup de temps à s’occuper de tous les aspirants-mercenaires qui arrivaient sur la promenade.

« J’ai eu la chance d’envoyer quelques-uns de nos nouveaux candidats en mission et ils ont semblé exécuter le contrat de manière assez compétente pour ce qui est de ces choses », expliqua-t-il. « Au moins deux d’entre eux ont le potentiel pour être des habitués.

— C’est sûr, mais dis à Frost quel contrat c’était, répliqua Gibbs.

— Kareah, soupira Bautista.

— Sérieux ? Encore ? Demanda Kayla.

— Encore et encore. Bon sang mais pourquoi les patrons ont construit une station pour la laisser pourrir ? Ça me dépasse. Quatre ans à nous expliquer comment le nouveau poste de sécurité va résoudre tous nos problèmes, et maintenant, au lieu d’ouvrir ce bordel, on doit s’en occuper parce qu’il est attaqué deux fois par semaine !

— Le chef a parlé à Harris d’une équipe régulière qui serait postée là-bas, signala Kayla. Mais apparemment, ça coûte moins cher de s’occuper des attaques.

— Pourquoi je ne suis pas surpris ?

— Mais le bon côté, ajouta Bautista, c’est qu’au moins on a tout le temps une bonne idée de l’endroit où seront la plupart des voyous. »

À ce moment même, un carillon strident retentit et leur trois mobiGlas émirent une pulsation rouge. Kayla ouvrit le canal d’urgence. Un Starliner venait d’être détourné.

« Et maintenant, on sait où sont les autres ! »


Propriété d’un tour opérateur indépendant, le Starliner Baba’s Gift offrait aux visiteurs des vues rapprochées des chantiers et des trois lunes de Crusader. À 09h32 TTS, le premier lieutenant à bord du Gift avait envoyé un bref message sur le réseau de communication d’urgence pour annoncer qu’ils avaient été abordés par des malfaiteurs lorsqu’ils avaient quitté la surface de Daymar. Il n’y avait plus eu de communications depuis.

C’était le rôle de Kayla, en tant qu’officier de répartition de permanence, de rétablir le contact avec le vaisseau. Sur son poste de travail, Kayla suivit les étapes du protocole pour s’assurer que tout était conforme aux règles et que tous les enregistrements étaient actifs. Après s’être donnée un instant de préparation avec une profonde inspiration, elle appela le vaisseau.

« Allô Baba’s Gift, ici l’officier Kayla Frost de la sécurité de Crusader. Répondez s’il vous plaît. »

Avant qu’elle ait pu répéter le message, le canal de communication s’ouvrit, uniquement en audio.

« Hé, Officier Frost ! Nous avons pris le vaisseau et nous avons environ trente-deux otages », répondit la voix modifiée numériquement. « Arrangez-vous pour faire savoir à toute la sécu du coin que si on accroche la moindre trace d’eux sur le radar, ce nombre va commencer à baisser vite fait.

— Et à qui je m’adresse ? »

Le bref moment de silence apprit à Kayla qu’elle allait avoir un alias.

« Vous pouvez m’appeler Jack.

— O.K., Jack. Parlons de la façon dont nous allons faire rentrer chez eux ces gens que vous avez à bord. »

Humaniser. Humaniser. Humaniser. L’une des règles les plus importantes quand on a affaire à une prise d’otages. Ne jamais les traiter d’otages. Les otages sont des choses dont on peut se débarrasser. Les gens, par contre, ont un toit et une famille.

« Facile. Tout ce que vous avez à faire est de rendre des objets perdus. Vingt caisses prises dans un avant-poste sur Yela. »

Kayla comprit immédiatement de quelles caisses il s’agissait. Deux semaines plus tôt, elle avait mené une opération de démantèlement d’un laboratoire de drogue présumé. L’affaire avait été un énorme succès pour Crusader, grâce en grande partie à l’équipe de mercenaires qui avait réussi à saisir une importante cargaison de WiDoW avant qu’elle puisse atteindre le réseau de distribution. Le directeur des relations publiques de Crusader, Harris, avait veillé à ce que cette histoire fasse les gros titres des médias locaux. Vu l’ampleur de la couverture médiatique obtenue, il était difficile de savoir si elle parlait à quelqu’un lié au laboratoire, ou simplement à un malfaiteur ambitieux qui voyait la possibilité d’un gain important.

« O.K., je peux voir ça, mais j’ai besoin de quelque chose d’abord. » Toujours négocier. Essayer de ne jamais concéder quoi que soit sans obtenir quelque chose en retour, même si c’est purement symbolique. Cela permet de vous mettre sur un pied d’égalité et facilite l’obtention de concessions plus importantes par la suite.

« Je dois m’assurer que les gens qui sont avec vous vont toujours bien. » 

La communication devint muette, mais le canal était toujours ouvert. Bien. Cela voulait dire qu’ils prenaient sérieusement sa demande.

Un moment plus tard, une voix tremblante et guindée se fit entendre. « Ici le capitaine Donovan. S’il vous plaît, faites ce qu’ils disent.

— Des blessés ? Des victimes ? », demanda Kayla, sachant que le capitaine n’aurait pas beaucoup de temps pour répondre.

« Il y a quelques blessés, mais personne… » 

La communication devint muette, coupant le capitaine. La voix qu’elle entendit ensuite était celle de l’agresseur. « Vous avez six heures. »

Puis le canal s’éteignit.


« Où est le problème ? Demanda Harris. Nous leur donnons la drogue et nous récupérons les otages sains et saufs. »

Kayla, pour la deuxième fois de la journée, dut réprimer un goût amer dans sa bouche. 

Après avoir parlé aux ravisseurs, elle avait appelé son chef de section qui avait immédiatement fait monter l’affaire dans la hiérarchie. Quelques minutes plus tard, elle s’était retrouvée en train d’expliquer la situation au directeur des relations publiques lui-même. Jusqu’à présent, son principal souci avait été de savoir si la presse avait eu vent de la situation et s’il y avait quelqu’un d’ « important » à bord. 

Elle tenta à nouveau d’exprimer ses objections dans l’espoir qu’elles soient cette fois entendues. « Comme je l’ai dit, Monsieur, il n’y a aucune garantie que si nous nous conformons à la demande, les otages seront en sécurité. Et même si nous nous en sortons sans aucune victime, en capitulant devant leurs exigences, nous sommes certains que cela va recommencer.

— Je dois dire que je suis d’accord avec l’officier Frost, Monsieur, déclara le chef Pontayo. Son plan pour gagner du temps et préparer un itinéraire d’extraction viable est la ligne de conduite que je recommanderais.

— Écoutez, j’ai compris, répondit Harris. Faites-moi confiance, j’ai bien compris. Mais si nous nous engageons là-dedans et qu’un seul de ces otages meurt, c’est notre faute. Vous savez ce que les gros titres diraient ? Crusader fait tuer un groupe de civils. D’un autre côté, nous acceptons les exigences des ces connards et ils tuent quand même les otages ? C’est leur faute. Alors on vend l’histoire qui va raconter comment ces monstres maléfiques on tué un tas d’innocents. Nous sommes les victimes. Et tiens, si on tourne tout ça comme il faut on pourra peut-être convaincre l’UEE d’envoyer de l’Advocacy pour qu’elle fasse enfin son boulot. 

— Monsieur, s’il vous plaît… comença Kayla.

— Non. C’est comme ça, l’interrompit Harris. Organisez la livraison de la drogue. Je vais informer le patron et commencer à faire les communiqués de presse. Rappelez-moi dès que les caisses sont en vol. » Là-dessus, Harris coupa la communication.

« Je suis désolé, Frost, confessa le chef Pontayo. Mais même si ce n’est pas l’idéal, il y a quand même une bonne chance pour que nous récupérions ces gens sains et saufs, alors j’ai besoin que vous soyez avec moi dans cette affaire.

— Je sais, Monsieur, répondit Kayla. Je suis avec vous.

— Bien. Je vais contacter le service des scellés et je vais leur faire préparer les caisses pour la livraison. Je vous laisse vous occuper du transport. »

Kayla acquiesça. Elle avait déjà en tête l’équipe parfaite pour ce travail.

Dès que Pontayo quitta la fréquence, Kayla contacta sa meilleure sous-traitante, Maneet « Diamond » Corvin. Celle-là même, en fait, qu’elle avait engagé pour la descente sur le laboratoire de drogue en premier lieu.

« Diamond ! T’es disponible ? J’ai un boulot confidentiel pour toi et ton équipe. Ça pourrait faire du grabuge. »

Diamond sourit devant son mobiGlas. « On est en train de préparer un truc, mais ça pourrait être possible de te trouver un créneau, Frosty. Tu as besoin de nous quand ?

— Ça dépend. Combien de temps il te faut pour mettre la main sur un vaisseau de transport ? »

À SUIVRE

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