Une dernière mission : Partie 3

Par: Amanda McCarter

Note de l’auteur : Une dernière mission : partie 3 a été initialement publié dans le Jump Point 3.11. Retrouvez la première et la seconde partie ici et ici.

Jonah faisait les cent pas dans la soute. Il lui semblait que des heures s’étaient écoulées depuis que Char et l’agent avaient quitté le sas. L’agent en savait suffisamment pour pouvoir la tuer. Mais il en doutait : Char était une bonne combattante.

Néanmoins, seul et piégé dans sa propre soute à cargo, son imagination allait bon train. Il s’était mis à envisager toutes sortes de scénarios atroces.

Il tenta d’ouvrir la porte par tous les moyens qu’il connaissait. Elle ne bougeait toujours pas. Le fumier de politicien devait avoir bricolé quelque chose au niveau du verrou. Son sang bouillait à l’idée que quelqu’un ait pu vandaliser son vaisseau.

Enfin, alors que Jonah s’était lancé dans une énième tentative pour ouvrir la porte, le visage de Char apparut de l’autre côté de la porte. Elle l’ouvrit en ricanant.

« Où est Thrumm ? dit Jonah.

— Il fait une sieste. »

Elle fit demi-tour et marcha en direction de la zone passager, lui faisant signe de la suivre.

Tout en la suivant, Jonah jeta un coup d’œil aux alentours. Il aperçu le politicien au niveau de la porte du cockpit. Un gros hématome bourgeonnait sur le côté droit de son visage. Ses paupières tressaillaient dans son sommeil, mais autrement, il ne bougeait pas.

« Et l’agent ? demanda Jonah. Il ne t’a pas posé de problèmes ?

— Je t’ai dit que je pouvais me débrouiller, dit-elle, mais il y a eu une complication.

— Quelle complication ?

— Il s’est fait éjecter dans l’espace. On peut le laisser là ou aller le chercher.

Jonah la fixa.

— La seule chose, reprit-elle en regardant le politicien, c’est que cette petite merde nous a fait perdre du temps et notre itinéraire. »

Elle lui balança un coup de pied. L’homme gémit mais ne se réveilla pas. « On va être en retard. »

Jonah eut un haut-le-cœur. Il jeta un coup d’œil sur l’homme inconscient sur le pont et revint vers Char. « On ne peut pas laisser Ardoss dériver dans le vide. »

— T’es sûr ?

— Il nous a aidés, fit Jonah d’un hochement de tête.

Elle acquiesça et modifia la direction du vaisseau.

— Alors c’est comme ça que tu veux que ça se passe ? Tu veux l’aider à descendre Mickey ?

— C’est une porte de sortie, répondit-il.

— Enfin, il était temps, dit-elle en souriant.

— Il faut que je sache une chose Char. Après toutes ces années, pourquoi tu n’as jamais rien dit ?

Char se retourna pour le regarder. « Tu n’as jamais abordé le problème. Donc je suis parti du principe que tu ne voulais pas qu’on en parle. J’apprécie le fait que tu n’aies pas souhaité m’entraîner là dedans, mais j’ai toujours eu un regard sur toi. Jusqu’à présent, le boulot a été stable, s’est toujours bien déroulé, et n’a pas été particulièrement dangereux. Tu es mon ami. J’ai détesté te voir bosser pour des limaces comme ce Mickey Black, mais je comprends. Ce que j’en pense aujourd’hui ? Te demander de tuer quelqu’un ? Pas moyen. »

Jonah ne savait pas quoi répondre. Il aurait pu la faire tuer, détruire sa vie, et elle lui était toujours loyale. Il allait falloir qu’il trouve un moyen pour lui renvoyer l’ascenseur.

Finalement, Ardoss apparut. Jonah savait que son niveau d’oxygène devait être bas. Les combinaisons n’en avaient pas beaucoup.

« Je vais le chercher, dit Char en saisissant son casque. Jonah la suivit mais elle secoua la tête. Je peux gérer les contrôles et le sauvetage. Reste là et garde un œil sur lui.

Jonah se pencha sur Thrumm.

— Pourquoi il a fait ça ?

— J’en sais rien, fit-elle en haussant les épaules, le dos tourné. Je l’ai cogné avant qu’il ait une chance de me faire ses excuses. De toutes façon on était dans le vide donc je ne les aurais pas entendues. On est assez prêt, je vais sortir et le ramener. »

Jonah pris sa place aux commandes et l’observa quitter la soute à cargo en flottant dans le vide. Elle enroula son bras autour d’Ardoss et enclencha les rétro-propulseurs afin de revenir vers le vaisseau. Le simple fait de la regarder retourna l’estomac de Jonah. L’idée de se perdre là bas était terrifiante. Il espérait qu’Ardoss allait bien. C’était une façon horrible de mourir.

Quand les capteurs lui indiquèrent que Char et Ardoss étaient tous deux de nouveau à bord et que la pression était rétablie, l’attention de Jonah se fixa sur le politicien.

Il s’agenouilla près du pirate en herbe et l’examina. Les effluves d’un parfum hors de prix émanaient de Thrumm. Il portait un costume d’une matière souple et légère. De la soie ? Quelque chose de plus synthétique ? Dans tous les cas, ça valait cher.

Il se pencha alors sur les chaussures de cet homme. Du cuir. Du vrai cuir.

Jonah se gratta le menton. Ce type aimait les trucs onéreux, les objets du quotidien les plus délicats. Il était allé jusqu’à demander une chambre privée dans un vaisseau qui n’avait même pas de quoi fournir d’intimité à son équipage.

Il gifla le politicien.

Thrumm gémit.

Jonah secoua le bureaucrate. « Allez mon pote, réveille-toi. »

Les yeux de Thrumm s’entrouvrirent et il marmonna quelque chose.

« Qu’est-ce que tu dis ? Je t’ai pas entendu, dit Jonah. Il saisit Thrumm par le col.

— Ne me tuez pas, s’étouffa Thrumm.

— Ça dépendra de tes prochaines paroles. »

Bien sûr, il ne l’aurait pas tué. Mais ce fils de pute de bureaucrate n’avait pas besoin de le savoir. Il reçut une décharge d’adrénaline et sa main se mit à trembler, mais pas de peur. Il appréciait d’avoir, pour une fois, le contrôle de la situation. Cette émotion le submergeait à tel point qu’il faillit lâcher le type.

« Au début, c’était juste un petit peu, dit Thrumm. Ensuite, il en a fallu de plus en plus. Je pouvais pas m’en empêcher. Je m’en suis bien sorti pendant si longtemps, je ne pensais pas que qui que ce soit le découvrirait. J’ai été imprudent.

— De quoi tu parles ? dit Jonah.

— L’argent, répondit Thrumm. Je l’ai pris. Je suis désolé.

Jonah lâcha le type en soupirant. Thrumm murmura :

— Vous allez me balancer ?

Jonah leva un sourcil.

— Pour vol ? Je ne suis pas un flic.

— Mais l’homme, là, il est de l’Advocacy, dit Thrumm. »

Jonah observa le politicien pendant un moment. Il cligna des yeux et explosa de rire. Il rit si fort qu’il partit à la renverse et atterrit sur son postérieur. C’était si absurde.

« J’ai loupé une bonne blague ? dit l’agent d’une voix rauque. Jonah le regarda et constata que son visage était pâle.

— T’es vivant, dit Jonah.

— J’apprécie que vous soyez revenu me chercher, répondit l’agent.

— On avait un accord, dit Jonah en se relevant.

— Alors c’était le politicien, fit l’agent en se penchant sur lui.

— L’escroc, reprit Jonah, il croyait que tu allais lui passer les fers.

— Attendez, s’exclama Thrumm, vous êtes pas là pour m’arrêter ?

L’agent se redressa et haussa les sourcils.

— Pas franchement, répondit-il. Une escroquerie ? Il faudra que votre propre gouvernement s’en charge. Vous auriez pu quitter ce vaisseau sans le moindre problème et je n’aurais pas cherché à vous revoir.

Thrumm sembla s’effondrer sur lui-même et un air de soulagement traversa son visage.

— Alors vous me laissez partir ?

— Ne comptez pas là dessus, renâcla l’agent. Vous n’auriez vraiment pas dû mettre en danger la vie d’un agent de l’Advocacy. J’enverrai un message aux autorités locales dès que tout sera résolu sur ce vaisseau. À condition bien sûr que le pilote me laisse utiliser le système de communication.

— N’hésite surtout pas, dit Jonah, qui voulait voir ce pitoyable bâtard loin de lui pour de bon.

— Je vais l’enfermer dans une cabine, dit Char. On est de nouveau sur la bonne voie. On devrait arriver au point de saut d’ici une heure.

Jonah acquiesça de la tête.

— Vous voyez, M. Thrumm, fit-elle tout en le poussant en dehors du cockpit, vous allez finalement obtenir cette chambre privée que vous désiriez tant. »

Thrumm blêmit. Char le traîna face aux deux autres passagers. L’entrepreneur le fixa de terreur et l’ado s’enfonça dans son siège.

— Hé, madame, dit le garçon, je peux être le prochain à piloter ?

— Commence par passer le permis, fit Char en reniflant.

— Alors, avez vous reconsidéré mon offre ? dit l’agent en refermant la porte du cockpit.

— Je veux arrêter ça, dit Jonah, et je ne pense pas que Mickey me laissera partir comme ça. Tu es ma seule option. Si j’échoue à rencontrer Pietro au point de livraison, Mickey me tuera probablement. À côté de ça, tu as sauvé mon vaisseau, et probablement ma vie. Je te dois plus que ce dont je pourrai m’acquitter.

— Aide moi à mettre la main sur Pietro et ce sera bien assez pour moi, répondit Ardoss.

Jonah sourit.

— Alors, comment je dois t’appeler ? dit-il.

— Ardoss, c’est pas mal, répondit l’agent.

— Alors comme ça Pietro était ton partenaire, demande Jonah.

— Et plus encore. C’était mon ami.

— Et c’est pour ça que tu le pourchasses ?

— Ouais. Il semblerait que ce soit à moi de le ramener, reprit Ardoss, et si ce que dit Char est vrai, si Mickey l’a forcé à prendre part à tout ça, alors peut-être que je pourrai faire quelque chose pour lui.

Jonah acquiesça d’un signe de tête.

— Comment Mickey t’a piégé? demanda Ardoss.

Jonah écarta les mains et regarda autour de lui.

— Ce vaisseau. Je ne pouvais pas me l’acheter, et je ne pouvais pas obtenir de prêt. Depuis que je suis gamin, ce que j’ai toujours voulu, c’est posséder mon propre vaisseau. Mais ma famille est pauvre. Mon père était mécanicien, ma mère était malade.

— Pourquoi ne pas avoir choisi de voler pour une compagnie commerciale ? demanda Ardoss, ils ont toujours besoin de pilotes.

— J’ai fait ça, au début. Mon premier boulot, c’était copilote sur un vaisseau de transport de fret.

— T’as pas aimé ça ? demanda Ardoss.

Jonah secoua la tête.

— Je me suis fait virer. On s’est fait arraisonner par des pirates. L’une des membres de l’équipage a essayé de les combattre. Ils étaient trop nombreux pour qu’elle s’en sorte toute seule, alors, j’ai décidé de l’aider. Durant la bataille, une partie du reste de l’équipage a été blessée. La compagnie a dit que c’était notre faute. Ils ont dit que ça ne se serait pas passé comme ça si on avait simplement coopéré. Ça m’a mis sur le cul. Après ça, j’ai galéré à trouver du travail, je n’arrivais pas à garder d’emploi stable très longtemps. Alors, j’ai décidé de lancer ma propre entreprise, mais je n’avais pas de quoi acheter un vaisseau et personne n’acceptait de m’en louer un avant que je me sois remis en selle. Personne, à l’exception d’une seule, à savoir…

— Mickey Black, interrompit Ardoss.

Jonah acquiesça.

— Il m’a proposé d’acheter le vaisseau pour moi si j’acceptais de travailler pour lui, dit Jonah. Au début, j’ai refusé. Je voulais être mon propre patron. Il m’a répondu que ça ne poserait pas de problème, que je devrais simplement lui rendre un service de temps en temps, et que je pourrais utiliser le vaisseau comme je voudrais. Évidemment c’était pas le cas. Même avec un vaisseau, je ne trouvais pas de travail, jusqu’à ce que Mickey me branche avec Maître Haru. Entre ma dette et la dîme que prend Haru, je suis encore très loin des conditions que j’aurais pu espérer si j’avais pu gérer ma propre entreprise. Le plus drôle dans tout ça, c’est qu’aujourd’hui, j’ai suffisamment de réseau et de contacts. Je pourrais m’en sortir tout seul si Mickey était évincé du tableau.

— La fille, durant l’attaque des pirates, c’était Char ? demanda Ardoss.

Jonah acquiesça.

— Elle bosse avec moi depuis.

— Tu m’étonnes qu’elle soit si loyale.

— Je ne regrette rien, reprit Jonah. C’était la bonne chose à faire.

— Bien sûr, renchérit Ardoss.

— Indépendamment de la position dans laquelle je me suis mis, reprit Jonah, il sait comment utiliser une mauvaise situation à son avantage. Je parie que Pietro s’est retrouvé dans une situation similaire et que Mickey est venu à la rescousse. C’est comme ça qu’il procède. Dès cet instant, il te possède.

— Même si c’est effectivement le cas, je dois quand même ramener Pietro, dit Ardoss. Si Pietro a subi un chantage ou a été forcé à nous espionner, alors Black représente un problème bien plus important dont personne ne s’est rendu compte. L’Advocacy doit le savoir. Il pourrait y avoir d’autres agents travaillant pour lui. Rien ne nous dit jusqu’à quel niveau il a su se hisser. »

Jonah soupira et s’adossa à la console. Il ferma les yeux pendant un moment, écoutant les ronronnements du moteur du vaisseau. Ils le sentait vibrer en lui. Il lui parlait. Il aimait voler, et aurait fait n’importe quoi pour pouvoir continuer.

« Donc, quand on se lancera là dedans, lança Jonah, j’aurai deux règles.

— Quel genre de règles ? fit Ardoss en se pinçant les lèvres.

— D’abord et avant tout, je ne ferai pas de mal à Pietro. On n’était pas particulièrement proche, mais il s’est fait entraîner là dedans, tout comme moi.

Ardoss croisa les bras.

— C’était aussi mon ami, mais s’il ouvre le feu sur n’importe lequel d’entre nous, je répliquerais.

— Bien, dit Jonah. S’il tire en premier, je ne chercherais pas à t’en empêcher, et ça m’amène à ma seconde règle. Je fais la livraison. Je lui donne son paquet, et je m’en vais. Il ne tirera pas si je lui donne ce dont il a besoin.

— Je n’aime pas ça, répliqua Ardoss, le front plissé. Tu pourrais le prévenir que je suis là.

— Je ne le ferai pas. Je te donne ma parole. Comme ça, je reste en bons termes avec Mickey. Quoi qu’il arrive après, ça ne peut pas me retomber dessus. De plus, si je voulais lui dire de fuir, je lui dirai de le faire au moment de lui donner les coordonnées du point de rendez-vous.

— Attends, tu sais pas où tu dois le rencontrer ? dit Ardoss.

Jonah sourit.

— Tu devrais connaître Pietro mieux que ça. Il est prudent. Le plan, c’est de rejoindre un point de navigation et de le contacter. Là, il me donnera les coordonnées finales.

— Et donc, si je t’avais enfermé dans le vestiaire ? demanda Ardoss.

— Tu serais pas allé bien loin, reprit Jonah. Il aurait fallu que Pietro entende ma voix.

— Bon, je suppose que ça devait se passer comme ça. On va la tenter comme tu le dis. Mais si tu le préviens, le marché tombe à l’eau.

— Je comprends, répondit Jonah.

— Bien. Allons à la rencontre de Pietro.

Ils parvinrent au point de saut suivant sans incident. Les deux autres passagers, l’ado et la jeune entrepreneur ne les dérangèrent pas. Jonah se disait qu’ils devaient juste être contents de reprendre la route. Il leur annonça simplement qu’ils allaient devoir faire un léger détour, et ni l’un l’autre ne fit de commentaire.

Jonah était toujours à cran. Il pouvait tourner ça de n’importe quelle façon, il n’y avait aucun doute qu’il était en train de trahir Mickey Black.

Jonah se rappela d’un incident, quand il avait commencé à travailler pour Mickey. Ils s’étaient rencontrés dans un rade miteux, dans un quartier d’habitation minier désaffecté appelé Grim-HEX. Lui et Mickey bossaient sur les détails d’une mission lorsque l’un des sbires de Mickey avaient amené quelqu’un.

Il s’agissait d’un homme à peine plus vieux que Jonah. Son visage était ensanglanté. Il implorait la pitié. Mickey lui demanda une seule chose : pourquoi ?

L’homme regardait au sol, et n’aurait pas relevé la tête à moins que Mickey l’ait demandé. Quand il le fit, Mickey dit que c’était une honte. La dernière chose que Jonah avait su, c’est que l’homme était mort. Une balle dans la tête. Une amabilité de Mickey. Ce jour-là, la seule chose que Mickey avait bien voulu dire à Jonah, c’est que c’était ce qui arrivait aux gens qui cherchaient à le doubler.

Mais Jonah ne pouvait pas vivre avec ça. Il ne voulait pas mourir. Continuer en sachant les gens à qui ils tenaient sous la menace n’était pas non plus une option. Jonah voulait un nouveau départ. Pietro méritait la même chose.

Il se connecta à la fréquence sécurisée que Mickey lui avait donnée.

« T’es en retard, lança Pietro.

— On a eu un problème moteur, répondit Jonah.

C’était pas complètement faux. Un idiot avait tenté de se charger du fonctionnement du vaisseau et les avait lancés sur une mauvaise route.

— Si j’avais pas besoin de ces fournitures… reprit Pietro.

— Je sais. Je suis désolé. Je prendrai ça sur moi. Envoie moi les coordonnées et on te rejoint. »

Pietro grogna. Un texte apparu sur la console de Jonah.

Jonah leva un sourcil, mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, la communication s’était interrompue.

« Alors, où est-ce que ça se trouve ? demanda Ardoss qui avait écouté la conversation depuis un coin du cockpit.

— C’est une vieille station de ravitaillement. Y’a personne là bas, énergie minimale, et c’est au-delà de la juridiction habituelle de l’Advocacy.

— Malin, dit Ardoss. J’ai pigé, vous ne vous êtes jamais rencontré ici avant ?

Jonah secoua la tête.

— Non. Pietro et moi, on n’a pas fait beaucoup de missions ensemble. On s’est croisé à différents points d’affectation, mais c’est tout.

— Affectation, ça sonne comme une espèce d’organisation bien gérée, dit Ardoss.

— Il faut bien qu’il y ait une raison au fait que tu ne saches pas grand-chose à propos de Mickey.

— Certes, mais je connais Pietro, et j’ai réfléchi. C’est une erreur que tu y ailles seul et sans arme. Quand il se planque dans un coin comme ça, c’est que c’est dangereux. Tu devrais emmener Char avec toi pour surveiller tes arrières.

Elle secoua la tête.

— Jonah gère toujours ses livraisons en solo. Si je viens avec lui, Pietro saura que quelque chose ne tourne pas rond.

— Je ferai la livraison, reprit Jonah. Seul. Sans armes. C’était l’accord prévu.

Jonah acquiesça en faisant la moue. 

— Très bien. Dès que la livraison est effectuée, tu dégages de la station de réapprovisionnement. S’il ouvre le feu au moment de son arrestation, je ne veux pas prendre le risque que tu sois pris dans l’échange de tirs. »

Jonah avait le cœur au bord des lèvres. Le plan était en place. Ils allaient vraiment faire ça. Il avait une dernière chance d’interrompre tout ça. 

Ardoss se retourna vers lui, et mit une main sur son épaule. 

« Ne cherche pas d’autres plans de sortie, dit Ardoss. On a un plan, on s’y colle. »

Jonah acquiesça. C’était la bonne chose à faire. 

Char entra les coordonnées de la livraison. Ils dépassèrent une station de carburant qui approvisionnait le point de saut. Le lieu était agréable, propre, et il y avait là de la nourriture. Ils y servaient des burgers végétariens à la pâte de protéine et possédaient un bon stock de bière. 

L’endroit vers lequel ils se rendaient n’en avait pas. Il était hors circuit et abandonné. Peut-être avait il encore un peu de carburant, si les récupérateurs ne se l’étaient pas accaparé. Il y avait probablement de l’électricité. Pas beaucoup, mais suffisamment. Assez pour une rencontre et une livraison.

Ils atterrirent une demi heure plus tard et Jonah alla à la rencontre des deux passagers restants. « On doit faire un arrêt ici, dit-il. Une fois qu’on aura terminé notre affaire, on laissera cet endroit derrière nous aussi vite que possible. Il y a très peu d’électricité et l’endroit est abandonné, donc, pour votre propre sécurité, restez à bord. »

L’adolescent ouvrit la bouche, probablement pour leur demander s’il pouvait les accompagner, mais fut interrompu par Char qui lui lança un regard en biais. Il pâlit et se replongea dans son mobiGlass. L’entrepreneur rattacha ses cheveux. Jonah se disait que ces deux-là ne leur poseraient pas de problèmes.

Jonah se dirigea vers la soute et ouvrit le sas. De là, il sortit le paquet de Pietro en dehors du vaisseau.

« Qu’est-ce qui t’a retenu, demanda une voix. »

Jonah se retourna pour constater que Pietro se tenait devant lui, à quelques pas. 

Il avait l’air plus vieux que dans ses souvenirs. Ses cheveux noirs étaient secs et ternes. Il avait un visage décharné et des cernes courraient autour des yeux. La teinte bronzée de sa peau avait un aspect poisseux et pâle. Son existence de cavale ne l’avait pas épargnée.

« Comme je t’ai dit, j’ai eu un retard imprévu, dit Jonah.

— Ce retard a quelque chose à voir avec le bleu sur ta tronche? demanda Pietro.

— Un bleu? 

Il palpa son visage et constata qu’il était encore douloureux. Bien sûr, le bagarre dans la soute à cargo. Ardoss avait dû le frapper plus fort qu’il ne l’avait imaginé. 

— Mickey a considéré que j’avais besoin d’arguments supplémentaires pour me convaincre de faire ce boulot, dit Jonah. On va faire ça vite fait, et chacun pourra reprendre sa route. 

— Désolé, dit Pietro. Je savais que tu ne chercherais pas à me baiser. »

Jonah esquissa une grimace. C’était douloureux. Pietro lui faisait confiance, ou du moins était confiant dans le fait qu’il était trop lâche pour tenter quoi que ce soit. Jonah faisait partie de ces gens faits pour qu’on leur marche dessus. 

Pietro s’agenouilla aux pieds de la caisse et tapa son code. Un claquement accompagna l’ouverture du couvercle et il inspecta le contenu. Il fit une grimace tandis qu’il en extirpait un lourd vêtement. 

« Jonah, c’est quoi cette blague ? dit-il.

Jonah sentit son sang quitter son visage.

— Quelle blague ? 

— Y’a rien là dedans à part un tas de briques. 

Jonah s’approcha et regarda à l’intérieur. Son estomac se noua. 

Des briques. De grosses briques grises. Pas de provisions, pas de transmetteurs, pas de fric. Juste un gros tas de glaise et de cailloux. Il se releva pour se retrouver nez à nez avec le barillet du pistolet de Pietro. Il mit les mains en l’air et fit un pas en arrière. 

— Du calme Pietro, dit Jonah.

Pietro arma son pistolet. 

— T’as soixante secondes pour tout me dire. 

— Je t’en laisse la moitié pour poser ton arme, Pete, dit Ardoss. »

À suivre…