Frères d’armes : Partie II

Note de l'auteur : Frères d'armes : partie deux a été publiée originellement dans le Jump Point 3.6 . Vous pouvez lire la partie une ici.

Gavin laissa Walt sur Cassel. À une époque, quand il était célibataire, un séjour prolongé dans un centre de villégiature était la continuité parfaite d'un travail de merde. Il avait maintenant une meilleure offre à la maison et deux bouteilles de Kōen Shōchū dans le cockpit à côté de lui. La meilleure offre, bien sûr, était Dell. Le shōchū était son meilleur espoir d’amorcer son retour à la maison depuis Oberon.

Ce n’était pas exactement le grand retour qu’il avait prévu de faire. Il sentit ses joues rougir et se félicita d'être seul. Avec un soupir, il ferma les yeux et laissa sa tête retomber sur son siège. Son casque heurta le châssis du cockpit. Quand il rouvrit les yeux, l’ATH était mort. Il roula la tête pour regarder les bouteilles de shōchū qui l'attendaient. Peut-être avait-il plus besoin de l'alcool qu'elle.

Le hangar de Rhedd Alert était calme. Les lumières étaient réduites à une lueur bleutée terne. Mais, si le hangar était silencieux, Vista Landing ne dormait jamais. Les sons du complexe retentissaient tout autour de lui ; un bourdonnement de vie constant qui semblait intrusif après un long vol en solitaire.

Gavin laissa tomber sa combinaison de vol et attrapa le casque et les bouteilles de shōchū. Le casque fut abandonné sans cérémonie sur un établi. Les shōchū l'accompagnèrent dans leur appartement. Il faisait noir à l'intérieur - il arrivait trop tard. Dell était déjà endormie.

Il s'appuya contre la porte pendant que ses yeux s'adaptaient au léger éclairage de la chambre. Dell était couchée sur le côté, lui tournant le dos. Ses cheveux étaient un éventail sombre sur des oreillers et des draps pâles. Il n'y avait aucune trace des pointes malicieusement teintes en bleu dans la faible lumière. Il regarda plutôt la courbe de ses hanches et la longue ligne de ses jambes couvertes.

Il laissa les bouteilles sur une table, ne voulant pas risquer de la réveiller avec la lumière du frigo. Il enleva sa chemise en allant vers le petit placard. Elle l'avait laissée ouvert et des piles de vêtements faisaient des formes étranges dans la pénombre.

Ils avaient son odeur. Il avait oublié à quel point il aimait ça. Il se pencha en avant, sa tête glissant entre ses chemises et ses vestes suspendues. Ils n’avaient pas grand-chose, mais c’était leur maison. Ils étaient posés, sans aucun autre désir que de vivre en dehors des cockpits et des soutes sales. Mais s’il n’arrivait pas à s’en sortir, c’est exactement ce à quoi ils reviendraient.

Gavin se pencha et ramassa la chemise jetée. Il y avait du travail à faire. Des choses à réparer.

Il ferma la porte aussi doucement qu’il le put quand il partit.

Il se trouvait sur un établi dans le hangar lorsque le pas léger des pieds nus de Dell sur le pont du hangar froid résonna derrière lui.

« Hé, la Limace. » Sa voix était enjouée, le taquinant à propos de sa rixe avec Walt. Le ton moqueur était en quelque sorte une bonne nouvelle. Cela voulait dire qu’elle n’était pas si en colère. Quoiqu’il en soit, il était toujours gêné par la dispute et ne mordit pas à l’appât.

« Je pensais que tu dormais. » dit-il à la place.

Elle passa la main sur ses épaules, le poussa sur le côté d’un coup de hanche puis s'assit à côté de lui sur le banc lorsqu'il bougea. «J'étais endormi, mais c’est comme si un troupeau de Shoone avait traversé l'appartement.»

Il se sentit mieux en entendant le sourire dans sa voix. « Euh…Je suppose que je suis content d’avoir échappé à ça. »

« Qu’est ce qui te travaille ? »

Gavin commença à énumérer sa liste, se demandant par où commencer. À plus de quinze, il laissa tomber et répondit simplement : « Tout ».

« Est-ce que l’on a été payés? » Il acquiesça et son air de soulagement était frustrant. Dépendre de l’ex-petit ami de Dell pour s’en sortir financièrement n’était pas vraiment ce qu’il avait envisagé en tant que propriétaire d’une affaire.

« Comment va Boomer ? » demanda-t-il.

« Il ne peut pas continuer à faire ça. Ils l’ont remis sur pied, mais il a été beaucoup trop malmené. »

C'était vrai. Le père de Dell avait été plus raccommodé que tous les autres pilotes que Gavin ait jamais rencontrés. Peut-être que quelques pilotes militaires avaient eu plus de traitements de régénération, mais leurs installations devaient être bien meilleures que tout ce à quoi des civils comme Boomer avaient accès.

« Tu dois le convaincre de prendre du recul, Gav. Laisse-le voler en soutien dans le Freelancer ou quelque chose comme ça. »

« Le laisser voler en soutien ? On parle de ton père là. Il est au moins aussi têtu que toi. Et tu sais comment il vole. Il se défend bien dans un combat spatial, mais il pilote de la même manière… qu’un fou… le ferait. »

« Tu veux bien essayer quand même ? S’il te plait ? »

Aucune chance que Boomer l’écoute, mais Gavin accepta. Cela ne valait pas la peine de se disputer avec Dell sur ce sujet. Ils étaient déjà passés par là. Plein de fois.

Il se concentra sur les câbles du harnais de son casque.

« L’affichage tête haute est encore mort ? » elle demanda.

Il acquiesça.

« Allez, laisse-moi faire. » Elle rapprocha les outils et se mit au travail. « Alors... Walt est resté pour boire son salaire avec Barry ? »

« Walt a Bossé autant que quiconque à Oberon. Plus dur que la plupart, en fait. Il peut faire ce qu'il veut avec sa part. »

« Alors qu’on est en train de balancer toute la nôtre dans des réparations et des fournitures ? »

« Je t’ai apporté du shōchū. » proposa-t-il.

« J’ai vu ça. » Elle se blottit contre lui et glissa son bras autour de sa taille. « Mmmmm… Merci ». Une bise sur sa joue. « Je l'ai mis dans le frigo. »

« Tu aurais dû ramener une bouteille avec toi. »

Elle se détacha de lui et retourna travailler sur le casque. « Cela pourrait mieux finir pour toi si on gardait ça pour une nuit où je ne suis pas épuisée. »

Ça cassa l’ambiance. Gavin déplaça les outils sur l’établi. Dell dut sentir ce changement d'humeur. Elle se redressa, son ton devenant maussade. « J’ai fait des calculs. » dit-elle.

« C’est mauvais comment ? »

« Pas bon. »

Il espérait que sa grimace était rassurante. Ce n’était probablement pas le cas.

« La vente de ce qu’on a récupéré nous gardera hors du rouge pendant quelques mois », déclara-t-elle. « Au fait, bon boulot sur ce coup. Je ne sais pas pour l’Idris, mais ce 325a est en fait assez vendable. À moins que tu ne veuilles le garder, bien sûr. »

Gavin y réfléchit. « Vends-le, dit-il ». « Nous ne pouvons pas nous permettre d’améliorer l’équipement d’un de nos gars, et je n’engagerai pas plus de pilotes avant d’obtenir un boulot sérieux. »

« À ce sujet, Barry a-t-il quelque chose de nouveau pour nous ou il est venu dans le système Goss uniquement pour faire la fête avec ton frère ? ».

Il lui parla du travail concernant les tourelles et son visage s'éclaira.

« C'est bien ça, Gav. Tu penses que cela pourrait se transformer en travaux réguliers ? »

« Peut-être, mais nous avons une équipe de pilotes de combat, bébé. Ils ne vont pas rester pour ce genre de travail. »

« Alors qu’ils aillent se faire voir. Laisse les partir et je volerai avec toi. »

« Ton pilotage est pire que celui de ton père. En plus, tu voulais être ici pour gérer la boutique. »

« Je suis ici parce que je veux que cela fonctionne. » Elle posa ses outils et entrelaça ses doigts avec les siens. « Crois-moi, je préférerais de loin voler avec toi et papa. »

« Ouais, bien. Je ne veux pas de toi dehors. Ramener Boomer en stase est une chose, mais toi... »

Elle retira ses doigts et tapota sa main pour l'éloigner. « C’est une idée à laquelle tu vas devoir t’habituer. Papa ne pilotera pas toujours ce vieil Avenger. Au final, il sera à moi. Mais pour le moment, » elle se pencha et lui donna un rapide baiser, « Je vais me coucher. »

Dell se leva, remit la gaine de câbles de son casque en place avec un clic et partit.

Gavin ramassa le casque et jeta un coup d'œil à l'intérieur. La lueur de l’affichage du réticule brillait à l’intérieur. Elle l’avait fait fonctionner à nouveau.

Ils avaient un bel avenir, lui et Dell. Mais une inquiétude financière chronique et persistante finirait par les séparer. Il avait juste besoin d'un travail bien payé pour lequel ses pilotes resteraient. Un travail qui empêcherait Walt de rechercher quelque chose de nouveau, intéressant et alléchant. Ce dont il avait besoin c’était de ce travail d'escorte sur Tyrol.

Gavin repoussa le casque et les outils de l’établi. Il activa la console et appela le mobiGlas de Barry. Le comptable accepta l’appel.

« Dis-moi tout chéri. »

« Barry. C’est bien, tu es toujours dans le système. »

« Je suis sur le point quitter Cassel, pourquoi ? »

« À quoi devrait ressembler une offre pour que quelqu'un soit compétitif sur le contrat de Tyrol ? »

« Gavin », la voix de Barry devint sérieuse. « Tu es nouveau dans ce domaine, mais tu dois savoir que je ne peux pas te donner ce genre d'informations. »

Le mobiGlas de Gavin vibra contre son poignet avec l’arrivée d’un message.

« Je suis désolé, Barry. Je n’essaie pas de créer des prob...»

Barry le coupa. « Maintenant, ce que je peux faire, c'est vous indiquer les formulaires d'inscription et de soumission appropriés. La façon dont vous gérez les prix c’est votre problème. Compris ? »

Sur le mobiGlas de Gavin il y avait un message d’un contact inconnu. Le message était simple, ne contenant que le symbole du crédit et un chiffre.

Un gros chiffre.

Oui !

« Merci Barry. J'apprécie et je comprends tout à fait. »

Il fallut quatre jours pour dégager seulement deux tourelles de l’entrée de la première grotte. Walt détruisit la première quelques secondes après son arrivée. Il l'avait fait avec ce qu'il jura être un tir réfléchi et soigneusement ciblé.

La deuxième tourelle pulvérisa le Cutlass de Jazza, et ils durent remorquer l’épave jusqu’à Vista Landing pour réparation. Jazza elle-même rentra en stase après avoir été touchée à l'épaule et aux deux jambes. Elle ne les rejoignit pas pour le travail de minage sur la lune.

Le quatrième jour, à court de patience, de munitions et de mots grossiers, ils trouvèrent finalement une solution. C'était moche. C'était dangereux. Mais tandis-qu’ils travaillaient plus profondément dans la lune, c'était la seule chose qu’ils avaient trouvé qui fonctionna.

« Très bien, Boomer, » dit Gavin, « tiens-toi derrière cet affleurement. »

L’Avenger de Boomer s’immobilisa à côté de lui. Au fond du dédale de cavernes, la rotation de la lune était suffisante pour leur donner une sensation de haut et de bas. Néanmoins, garder une position relative à l’intérieur d’une petite lune en rotation n’était pas aussi facile qu’on pourrait le penser. Les propulseurs de manœuvres s’activaient en permanence par courtes rafales irrégulières.

Gavin vérifiait sa position et sa distance par rapport aux murs. Il était en place. Le système d’équipes qu’ils avaient mis au point fonctionnait assez bien, utilisant un vaisseau pour attirer le feu et un second pour arroser chaque tourelle. C'était un travail fastidieux et où il fallait serrer les fesses, mais la lune était presque nettoyée. Seule une petite poignée de défenses retorses était intacte.

« OK », Gavin plaça ses mains sur ses commandes de vol. « À mon signal. »

Il laissa le micro ouvert et déclencha une minuterie sur son navsat. Il observa le vaisseau de Boomer progresser lentement dans la ligne de mire de la tourelle au rythme régulier du chronomètre. Au bon moment, Gavin lança ses propulseurs et se précipita dans la grotte, juste au moment où la première rafale de la tourelle frappait les boucliers de Boomer.

Gavin vira sur la gauche, balançant le nez de son vaisseau jusqu'à ce qu'il puisse voir à la fois la tourelle et le vaisseau de Boomer. L’Avenger du vieil homme résista au feu nourri. Les boucliers tinrent, mais les tirs forcèrent l’Avenger à retourner dans le tunnel avant que Gavin ne puisse tirer.

Gavin tira et les canons jumeaux de la tourelle pivotèrent avec une précision et une vitesse si parfaites qu’ils ressemblaient à deux points vides identiques. « Oh, mer- » les canons s’illuminèrent d’une pluie de lumière cramoisie.

Gavin tira à nouveau et n'avait aucune idée de s'il était près de sa cible. La visée de la tourelle était quant à elle parfaite. Il y eut une sensation d’aspiration étrange lorsque la cabine fut dépressurisée et que sa combinaison se mit en pression, comprimant ses membres et sa poitrine.

Une autre volée l'atteignit et il sentit le Cutlass s'écraser derrière contre le mur de la caverne. Le vaisseau roula, le nez tanguant sauvagement sur un côté. Gavin vit apparaître une ouverture sombre d’espace vide devant lui. Il fonça, espérant revenir dans le tunnel et ne pas mourir dans la caverne des contrebandiers.

Soulagé, il vit l’Avenger de Boomer passer sous lui. Mais la crainte le saisit de nouveau lorsque les murs du tunnel étroit apparurent pour couvrir tout son champ de vision. Il inversa la poussée, se pressa contre les commandes et se prépara à l'impact.

C’était mauvais.

Il toucha durement, et l'impact l'envoya descendre dans la caverne. Il chuta encore et encore, espérant que son vaisseau tienne le coup. Lorsqu'il se força finalement à relâcher les commandes de vol, le vaisseau se redressa.

« Quel enfer, » souffla Boomer. « Gav ? Tu es vivant, mon pote ? »

Sa poitrine se soulevait comme s'il avait couru. « Je me rappelle avoir entendu un idiot râler à propos de ce travail ennuyeux. »

Walt, explorant un tunnel dans une autre partie de la lune, répondit, « On dirait que ça m’est destiné. Vous allez bien tous les deux ? »

« Non, je ne vais pas bien. Je viens juste de me faire exploser ! »

« Laisser couler, fils, » dit Boomer. « J'ai été explosé de nombreuses fois. Ce n’était rien. Je, euh... Je ne pense pas que tu puisses tenter ta chance sur cette tourelle une autre fois sur avant que nous ayons réparé ton vaisseau, cela dit. »

« Oh vraiment ? Tu crois ? » Les communications de Gavin clignotèrent pour signaler un appel entrant. « Attendez, les gars. J’ai un appel. »

Boomer rigola, en disant, « Ils nous ont probablement entendu depuis la surface et veulent qu’on fasse moins de bruit.»

« Très drôle. En fait, c’est Dell. Maintenant ferme-la. » Gavin accepta l’appel.

« Gav ? » Il ne savait pas si Dell semblait effrayé ou en colère, peut-être les deux. « Nous avons un problème, bébé. Jazza se casse. Elle dit qu’elle prend un vaisseau à moins d’obtenir sa part pour le boulot des tourelles avant qu’elle ne parte. »

« Quoi ? Qu’est ce que tu veux dire par “elle se casse” ? »

« Elle s’en va, » déclara Dell. « Elle quitte la compagnie, je veux dire. »

Walt intervint depuis le canal d’escouade. « Hé Gav, j’ai fini ici. Tu veux que je vienne jeter un coup d'œil à… »

Gavin jongla avec les canaux. « Attends, Walt. » Il ferma ses yeux, amer, frustré et confus. « Dell. Où va Jazz ? Tu veux dire qu'elle arrête ? »

Boomer continua à bavarder sur le canal d’escouade. « On dirait qu’il se prend une soufflante, Walt. Heureux qu’elle ne m’ait pas appelé. »

« Dis-lui que Gavin vient de se faire exploser. »

« Cela améliorerait sa journée de manière significative. »

Ils rigolèrent tous les deux.

Gavin écarta les bras dans un haussement d'épaules dont il était le seul à pouvoir profiter. « Voudriez-vous la fermer ? »

Ils le firent. Dell non. « Qu'est-ce que tu viens de me dire ?! »

« Pas toi, bébé. Walt et... tu sais quoi ? Peu importe tout ça. Répètes-moi, que se passe-t-il avec Jazz ? »

Son mobiGlas vibra. Gavin jura silencieusement et serra les poings pour ne pas frapper sur quelque chose. Dans sa combinaison pressurisée, il était difficile d'activer le mobiGlas. Il y parvint pendant que Dell le renseignait sur la désertion de Jazza. Elle allait chercher du travail auprès de l'un des groupes de contrebandiers dissimulés dans Olympus Pool. Travail bien payé. Blabla. Blabla. Désertrice.

Gavin alluma finalement son écran mobiGlas. Il y avait un message d'un contact marqué “inconnu”, mais Gavin savait exactement de qui il provenait.

« Dell. »

« J'ai essayé de la dissuader, Gav, » Dell semblait au bord des larmes. « Vraiment. »

« Dell, écoute moi. »

« Quoi ? »

« Ramène Jazza. D'accord ? Fais ce qu'il faut. »

« Je vais essayer, Gav, mais... »

« Peu importe ce que ça demande, d'accord ? Nous allons avoir besoin d'elle. Nous allons avoir besoin de tout le monde, et d’autres encore. »

« Qu’est ce qu’il se passe, Gavin ? »

Il appuya sur son micro pour transmettre sur les deux canaux, « Tout le monde, écoutez. Ils n’ont reçu que deux offres pour le contrat de la flotte. Nous sommes la plus basse. »

« C’est grave d’être la plus basse ? » demanda Boomer.

« Dell, » dit Gavin, « fais en sorte que Jazza nous rejoigne à Oberon. Nous travaillerons sans relâche jusqu’à ce que nous ayons nettoyé les dernières tourelles. »

Gavin s'assit dans son Cutlass endommagé, les joues étirées dans un sourire inhabituel.

« Les gars, » dit il, « On vient de remporter le boulot pour la flotte ».

« Entrez, Mademoiselle Brock. » Un lieutenant lui tenait la porte ouverte. « Le major Greely et son invité sont déjà à l’intérieur. »

L’invité du major. Merveilleux. Morgan Brock lissa le devant de sa jupe plissée puis passa la porte vers la salle de conférence de Greely. Le major et son “invité” se tenaient près du bout de la table. Greely avait plus l’air d’un Marine que d’un membre de la flotte dans ses manches de chemise. L’homme avait les bras aussi gros que les jambes de la plupart des hommes.

« Brock. Merci de vous déplacer en personne. Permettez-moi de vous présenter Gavin Rhedd, l'un des dirigeants de Rhedd Alert Security. »

Rhedd était plus jeune qu’elle ne l’avait pensé, un bel homme avec une solide carrure. Il avait pris la curieuse décision de porter une combinaison de vol civile usée lors de la réunion. Peut-être avait-il besoin de convaincre tout le monde qu'il était effectivement un pilote. Pourtant, l’habit lui allait bien. Il avait l'air mal à l'aise mais pas gêné debout à côté du bloc de granit qu’était le major Greely.

« Ravi de vous rencontrer, Mademoiselle Brock. »

Elle refusa la main tendue et mit fin aux civilités.

« Donc, vous êtes la perle qui a bradé mon contrat. » Elle fit clairement comprendre que ce n'était pas une question. « Laissez-moi être tout à fait claire. La clause de résiliation stipule que je dois participer à la réunion de transition. Il ne faut pas croire que cela me plaise. »

« Très bien, alors, » dit Greely. « Je suppose que cela suffira en guise d'introduction. Peut-on commencer ? » Il prit place au bout de la table et fit signe à chacun de s’asseoir. « Maintenant, les périodes de remise des prix et de protestation sont terminées. »

« Un appel sera déposé, » déclara-t-elle.

« Je n’en doute pas Morgan. Mais mon bureau et le Navy Syscom ont toutes les raisons de penser que l’attribution du contrat sera maintenue.»

« J’ai passé deux ans à nettoyer la route entre Min et Nexus, » dit-elle. « Et nous savons tous les deux que la charge de travail devrait augmenter considérablement. Je ne laisserai pas passer ça sans me battre. »

Elle s'arrêta lorsque Greely leva la main: « L’UEE veut que nous trouvions des moyens d’amener des indépendants dans ces systèmes. Vous voulez discuter de cela, faites-le avec les politiciens. Mais pour le moment, j’ai besoin d’un briefing de mission et je pense que nous aimerions tous que cette réunion aille vite. »

Brock laissa le major gagner ce point. Si elle savait une chose, c’était de savoir quelles batailles mener. Il n'y avait rien à gagner à le contrarier. Il existait de meilleures cibles à sa colère. Satisfaite de la froideur de la réunion, elle se tourna vers Gavin Rhedd.

« Oui, eh bien, » le jeune homme s’éclaircit la voix. Son front brillait à l'endroit où il rencontrait ses cheveux rasés. « J'ai lu les, euh...les comptes rendus de mission. » Rhedd fit défiler plusieurs projections sur une vieille version de mobiGlas. « Tous les dix jours, nous escortons une nouvelle relève vers le centre de recherche Haven sur Tyrol V. Mais que pouvez-vous me dire au sujet des exigences de sécurité pour le transfert de personnel entre les vaisseaux de transport et Haven ? »

Le gamin ne reconnaissait pas son cul d’un trou dans le sol. Peut-être que le contrat sur Tyrol n’était pas aussi perdu que le laissait entendre le Major Greely. Le sourire de Brock semblait sincère alors qu’elle décrivait le processus de transfert de vaisseau à base.

Ce boulot allait bouffer Rhedd Alert Security tout cru.

Le système Min était sombre. À Goss, les points de sauts étaient remplis de cascades de couleurs chatoyantes. Ils ont mélangés les bandes d’or, d’ambre et d’orange sanguine de l’Olympus Pool en un spectacle mystérieux et céleste. Min, en revanche, était tout à fait différent et Gavin se demandait combien de vaisseaux et de vies avaient été engloutis par les portes de saut de Min avant de pouvoir être cartographiés avec succès.

Le chemin était bien signalé désormais. Des balises de navigation éclairaient un passage de dix kilomètres de long qui menait les six escortes de Rhedd Alert ainsi que leur protégé, un Constellation Aquila portant le sigle de l’UEE, à la porte de saut. Les balises automatisées diffusaient un flux régulier de données navsat et des informations sur le statut du transit, en plus d'éclairer le vecteur d'entrée a vue.

La porte elle-même était grande. C'était un disque vide, invisible si ce n'était la faible lumière des balises. Cette lumière se courbait, se déformait dans la gueule de l'interespace, laquelle, si on y rentrait correctement, nous rejetterait dans le système Nexus. Entrer par erreur dans un point de saut inconnu devait être une expérience terrifiante. Il avait déjà vu des images de portes noires, comme celles de Min, lorsque les balises étaient hors ligne. Même en sachant quoi chercher dans ces images, il était difficile de distinguer le léger flou qui représentait un portail à travers le temps et l'espace.

« Aux autorités de la porte de Min, » lit Gavin depuis une requête d’autorisation scriptée, « ici Rhedd Alert Security, conformément au règlement du Naval Systems Command, nous sommes en approche VFR (ndt : Règles de vol à vue) et en support du vaisseau de recherche Cassiopeia de l’UEE. Nous demandons l'autorisation de transiter vers Nexus depuis Min et une confirmation de notre approche. »

Ils n’avaient besoin ni de la demande ni de la réponse pour sauter vers Nexus, mais leur contrat exigeait l’enregistrement de communications spécifiques à tous les points de sauts, ainsi que lors des transferts de personnel de l’UEE à la fin du circuit.

Seuls les dieux savaient combien de fois Walt et lui avaient sauté vers des systèmes sans prévenir. A l’inverse, ça aurait probablement dû leur sembler étrange d'entrer dans une porte de saut avec des identifications légales et sans sentir le souffle des forces locales dans leur nuque. Mais les temps changent et si Gavin réussit, ils changent pour le mieux.

Il reçu la requête attendue et répondit avec les identifiants des vaisseaux correspondants à chaque membre du convoi. Gavin avait été hésitant lors des échanges formels des premières missions. Personne ne s'était plaint, mais il se sentait mieux maintenant qu'il était à l'aise avec la fréquence et le rythme de l'échange. Il espérait que cette assurance inspirerait confiance à ses nouveaux pilotes et aux scientifiques de l'UEE à bord du Cassiopeia.

Ils obtinrent leur autorisation et Gavin donna l'ordre d'entrer dans la porte de saut. Il prit position avec Jazza, un de chaque côté de l'Aquila. Ils rentrèrent dans la porte avec cette sensation de chute familière. Le poste de pilotage semblait s’étirer, s’allonger et s’éloigner de lui dans une explosion de son et de couleur. C'était comme si quelqu'un avait accroché un crochet à l'intérieur de lui et tirait, étirant son intestin de plus en plus fin. Puis quelque chose se brisa et il retrouva les constellations de plus en plus familières de l'espace Nexus.

« Aux autorités de la porte de Nexus, » dit-il, « Ici Rhedd Alert… »

« Gavin, » la voix de Jazza était tendue. Il vérifiait déjà ses écrans de navigation tandis qu’elle poursuivait, « Nous avons trois vaisseaux en approche. Trois cents kilomètres. Correction deux-cinquante ! Dieux, ils vont vite. »

« Jazz, prends Mei et Rahul pour voir ce que veulent nos nouveaux amis. Walt, Boomer et toi jouez la défensive. Si ces gars-là se ruent vers le Cassiopeia, faites-les reconsidérer leurs options. »

Un choeur de “Bien reçu” éclata dans les comms et Gavin changea de canal pour s'adresser à l'équipage de l'UEE à bord du transport. « Cassiopeia, ici Red One. Accélérez tout droit à mon signal et ne déviez pas du cap. »

« Contact. » Le ton de Jazza était calme, clinique. « Ils ont trois F7 Hornets en configurations variées. Ils ont l’air d’avoir déjà souffert avec leurs blindages rafistolés, mais ils approchent rapidement. »

« Ils ont des marques ou des insignes ? Quelles sont leurs identifiants ? »

« Rien que je puisse distinguer dans ce fatras d’armes et de pièces récupérées. »

« Attention, ils tirent ! » dit Mei. « Bordel, ces gars sont rapides. »

« Gav, » demanda Walt, « est ce qu’on se tire ? »

Les comptes rendus de missions de Brock montraient une diminution constante des actions hostiles au cours du temps. Laisser un nouveau groupe de pirates s’établir à l’un de leurs points de saut critiques semblait une très mauvaise idée.

« On se bat, » dit-il. « On ne peut pas se permettre de devoir reprendre cette zone toutes les deux semaines si on se tire maintenant. »

« Quoi que vous fassiez, faites le vite, » dit Jazza. « C'est trois contre trois ici, et il semble que ces gars-là aiment jouer avec leur nourriture. »

« Walt, » dit Gavin. « Reste en position. S'ils ont des amis, je ne veux pas être pris au piège. »

« Bien reçu. »

« D’accord, Jazz. Je me dirige vers toi. » Gavin s’arrêta brusquement, se retourna au-dessus du Cassiopeia et accéléra vers la mêlée.

Gavin avait survécu à des dizaines d’escarmouches avant de commencer Rhedd Alert, mais toujours en tant qu'agresseur. Être sur la défensive était quelque chose de nouveau. Ça semblait étrange que ces bâtards attaquent six escorteurs armés.

« Jazza, » il était à quelques centaines de clics et avait un bon visuel sur le combat, « j’arrive sous toi. Il est temps de rendre ce combat inégal. »

« Ces gars sont bons, Gavin. » Elle grogna et son Cutlass roula en un tourbillon, la plaçant derrière l'un des maraudeurs. Elle tira et ses boucliers s’illuminèrent. Il tangua, piqua du nez et renversa les propulseurs pour remonter au-dessus du vaisseau de Jazza. Les deux autres maraudeurs se placèrent de part et d'autre et tous trois se dirigèrent vers Gavin telle une lame de couteau.

Il roula sur son bâbord et essaya d'accélérer autour d'eux. Au moins de cette façon, ils ne pourraient pas tous lui tirer dessus en même temps. Au-dessus de sa tête, Rahul tira en rafale sur l'un des Hornets, mais les maraudeurs maintinrent leur formation.

« Jazza, en formation avec moi. Séparons ces bâtards. »

« Reçu. »

Ils se rejoignirent et foncèrent vers le trio de Hornets dépareillés. Les maraudeurs trouvèrent Mei avant que Jazza et lui soient à portée de tir.

« Ah, merde... »

Un déluge de rafales précises de canons laser montés sur les ailes déchirèrent le vaisseau de Mei. Ça arracha des pans entiers de la coque et l’oxygène jaillit dans une boule de flamme.

« Bordel ! » Gavin ne pouvait pas voir si Mei avait pu sortir. Jazza et lui se frayèrent un chemin à travers la formation des maraudeurs. Les Hornets s’éparpillèrent et se reformèrent derrière eux. « Nous avons un homme abattu. Walt, nous pourrions avoir besoin de ton aide ici.»

« C’est ce que tu obtiens à rester te battre, Gav. Nous aurions dû nous enfuir. »

« Nous pourrons parler de “t’aurais dû” plus tard, » dit-il. « Reviens ici et... attends. Regarde ça. »

« Ils s’enfuient, » Jazza semblait perplexe. « On a l'impression qu'ils nous ont mis dans les cordes, mais ils se cassent. »

Gavin regarda les traînées des propulseurs des vaisseaux en retraite. En quelques instants, ils quittèrent l'espace de Nexus.

« Le Cassiopeia est en sécurité, » dit Walt. « Est-ce-que vous allez bien ? »

Jazza ne lui répondit pas vraiment. « Donc, Tu penses que c’était quoi ça ? »

L'ATH de Gavin semblait vide. Soulagé, il retrouva la BPS de Mei. Tout le monde était en vie et ils semblaient être seuls du côté Nexus de la porte. Walt et le Cassiopeia approchaient de l'extrême limite de sa portée.

« Walt, reste où tu es. Restez concentrés et progressez. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ils nous ont attaqué à trois contre six. »

« Peut-être, » dit Jazza, « qu’ils savaient qu'ils nous botteraient le cul. »

« Ou peut-être que c'était une feinte, » déclara Gavin. « Ne nous laissons pas prendre au dépourvu s'il y en a d’autres. Jazz, Rahul et toi surveillez mes arrières pendant que je récupère Mei. Nous prendrons les premiers coups s’ils reviennent. »

Il y eut une clameur générale d’approbation. Gavin commençait à soupçonner que les conversations militaires étaient beaucoup plus espacées et beaucoup moins démocratiques que le badinage constant de Rhedd Alert. Néanmoins, mis à part le fait que Walt remettait en cause chacune de ses décisions, Gavin était fier de l’équipe.

« Je me demande s’ils attendent de l’autre côté ? » Demanda Jazza.

Walt répondit rapidement. « On ne va pas traverser pour le savoir. »

« Relax, Walt, » dit Gavin. « Une victoire est une victoire. Et bon débarras. »

L’objection de Walt n’était pas une surprise à ce stade. « Gagné par chance, tu veux dire. Dans un combat qu’on était pas obligé de faire. »

Gavin l’ignora.

Bien qu’elle soit inconsciente, les données biométriques de la combinaison de Mei ne signalaient que des dommages mineurs. Son vaisseau, en revanche, était une tout autre histoire. Gavin commença à calculer mentalement en prenant en compte le coûts des pièces, de la main-d'œuvre et des frais médicaux. Les résultats étaient décevants.

L'attaque ferait de cette mission une mauvaise affaire, mais le contrat restait l’occasion dont avait besoin Rhedd Alert. Et l’attaque était probablement une exception, pensa Gavin, se rappelant que les comptes-rendus de mission de Brock montraient une diminution constante des hostilités au cours des dernières années.

Malheureusement, ils étaient sur le point de découvrir à quel point ces rapports ne valaient rien.
À SUIVRE

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