La prime Fantôme : partie 4

Publié par Hotaru

PRIME FANTÔME : partie 4

Par Autumn Kalquist

Note de l’auteur : “Prime Fantôme : Quatrième partie” fut précédemment publié dans le Jump Point 3.4. Vous pouvez retrouver la troisième partie ici, la deuxième partie ici et la première partie ici.

Mila était une traîtresse. Elle avait risqué sa carrière de chasseuse de primes… avait trahi son partenaire, Rhys, pour libérer Casey. Tout cela en valait-il la peine ? Casey avait-elle dit la vérité sur le fait que son père développait des armes biologiques ?

Mila jeta un coup d’œil à Casey alors qu’elle retournait à la place du copilote. La femme aux cheveux noirs lui retourna un petit sourire, puis s’attacha à son siège. L’amie d’enfance de Mila. Une terroriste.

Le vide de l’espace devant eux, rien d’autre que l’obscurité au-delà de l’écran avant de Devana. Mila serra les commandes si fort que ses mains lui faisaient mal.

« J’ai réussi à masquer notre signal, dit Casey, mais ce n’est qu’une solution temporaire. On a une demi-heure. Pas plus. »

« Comment… ? »

Casey expliqua la méthode, et Mila secoua la tête, en partie admirative devant les compétences de piratage requises, en partie consternée devant la durée de la peine d’emprisonnement qui en résulterait si elle était prise à le faire.

« J’aurais bien utilisé moi-même cette astuce une fois ou deux », murmura Mila.

« Pas si tu veux rester du bon côté de la loi. » Casey s’éclaircit la gorge. « Quand tout ça sera fini. Bien sûr. Je viens de capter le signal sur le scanner. Ça doit être mon contact. Le vaisseau attend à quelques clics du point de saut. »

Les mains de Mila se serrèrent de plus en plus sur les commandes en jetant un coup d’œil à l’écran du scanner. L’espace impliquait normalement la double promesse d’une possibilité infinie et d’un danger sans fin… mais aujourd’hui, il ne contenait que danger pour elle.

« Aucun signe de l’Advocacy ? » demanda Mila fermement.

« Pas encore. Mais… ils suivront. Ils le font toujours. Amène-moi à mon contact, et nous exécuterons le plan. »

Mila essaya de calmer sa respiration, mais son cœur battait à tout rompre, et elle ne pouvait pas l’arrêter. C’était censé être simple. Mila s’arrêtait à côté du vaisseau de contact. Casey l’assommait, puis passait dans l’autre vaisseau. Quand Rhys et l’Advocacy retrouveraient Mila, elle leur dirait que Casey avait pris son vaisseau et s’était enfuie avec. Alors tout pourrait revenir à la normale. Ou presque. Rhys croirait-il à ce mensonge ? Pourrait-elle lui mentir ?

C’était stupide. Tellement stupide. Elle avait agi précipitamment. Il n’était pas possible qu’elle puisse mentir assez bien pour convaincre l’Advocacy et Rhys que Casey ait pu on ne sait comment s’échapper de la capsule de confinement, la maîtriser et l’enfermer ensuite à l’intérieur. Mais Mila n’avait pas d’autre solution.

« Droit devant. » Casey traça de nouvelles coordonnées, et Mila suivit la trajectoire.

Un élégant yacht tout en longueur apparut devant eux. De minces lumières brillaient le long de la coque du 890. Le propriétaire de ce vaisseau ne manquait pas d’argent, le contact de Casey était un grand ponte.

« Freelancer, dit une voix sur la radio. Déclarez vos intentions. »

Casey répondit : « Dites à S que le vent chuchote. »

« Autour de quel soleil tourne la plus belle planète ? »

« Ilios. »

Le cœur de Mila sauta un battement et elle plaqua sa main sur la radio, couvrant le micro. « Ilios, souffla-t-elle. Comme le projet ? »

Les sourcils de Casey se levèrent une fraction de seconde, puis son expression s’adoucit. « Exactement, comme le projet. »

« Je croyais que tu avais détruit toutes ces données. »

« S vous autorise à vous amarrer,» la communication s’interrompit un instant, « mais nous allons devoir effectuer un scan de proximité. »

Casey repoussa la main de Mila et activa la radio. « Bien reçu. »

« Dis-moi ce qui se passe, souffla Mila. Qu’est-ce qui se passe avec Ilios ? »

Casey soupira. « Je ne peux pas te parler de S. Ou d’Ilios. Si je le faisais, je devrais te tuer. »

Mila se raidit sur son siège. Il n’y avait pas de trace d’humour dans la voix de Casey. Aucune. Elle était sérieuse.

« J’ai tout risqué pour toi ! »

« Écoute… tout ce que je peux dire, c’est que People First a des amis haut placés. Ils soutiennent la cause. Mais tous les amis ne sont pas égaux. Beaucoup font des choses… pour leurs propres motivations. Et peuvent être persuadés d’aider si tu offres ce qu’il faut. »

Mila manoeuvra pour placer le vaisseau à côté du 890 bien plus long. « Ce contact est lié à People First ? Et quelles étaient ses conditions pour te faire sortir d’ici et trahir PF ? »

Le 890 les contacta avant que Casey ne puisse répondre. « Nous détectons deux signes de vie à bord du Freelancer. S dit que tu devais venir seul. »

« J’avais besoin d’aide pour venir ici », répondit Casey laconiquement.

« S dit que vous devez embarquer tous les deux. Sinon nous partons. »

Casey jeta un coup d’œil à Mila d’un visage sans expression, « Je suis désolée de t’entraîner là-dedans. Mais on doit y aller toutes les deux. »

« Non. La panique s’empara de Mila, et elle serra les commandes. Pas question. Ce n’était pas le marché. Tu montes à bord. Je reste ici. Sinon je m’en vais. »

« Evony. »

« Ne m’appelle pas comme ça, dit-elle les dents serrées. Je m’appelle Mila maintenant. »

« Mila, la voix de Casey était grave, apaisante. De quoi ça aura l’air si on s’envole maintenant ? Ils nous tueront et sauteront sans regarder en arrière. Tu dois aller là-bas. Je m’assurerai que S te renvoie ici. »

« Comment vas-tu t’en assurer ? »

« Je le ferai, c’est tout. Maintenant, équipe toi. On perd trop de temps. S ne sera certainement pas content si l’Advocacy se présente à sa porte. Mais je suis presque sûre que tu comprends ça. » Casey quitta son siège et alla se mettre en tenue.

Mila fixa le yacht, essayant de décider si elle pouvait manœuvrer rapidement pour s’échapper. Mais quoi ensuite ? Elle devait se débarrasser de Casey, pas la garder à bord. Elle émit un soupir de frustration, se détacha et se dirigea vers son équipement. Elle ignora Casey, ne croisant pas son regard.

Son épaule blessée, touchée par une balle de Casey, lui fit un mal de chien en enfilant sa combinaison. Elle mit un nouveau patch antalgique dessus et continua de se préparer. Alors qu’elle refermait la combinaison, sa main effleura son collier.

Le cœur de Mila se serra en ôtant l’objet de bronze. Elle le regarda fixement, le symbole de l’infini, les pierres iridescentes « porte-bonheur » qui y pendaient, et une nouvelle vague de regrets la submergea.

Rhys avait dépensé une partie de leurs derniers crédits pour ça. Pour la rendre heureuse. Mila saisit le collier et le glissa dans l’espace entre le lit et le mur. Elle ne le méritait pas. Et ça ne lui avait pas porté chance de toute façon, n’est-ce pas ?

Quand Mila retourna à la soute, Casey était équipée, son casque sous le bras.

« Prête ? »

« Ouais », marmonna Mila.

Elles verrouillèrent toutes deux leur casque, puis Mila dépressurisa la soute et ouvrit la rampe arrière. Elle et Casey sortirent et dérivèrent vers l’élévateur arrière du 890. Quand elles se trouvèrent sur la passerelle de celui-ci, la cage se souleva sous elles, et la gravité artificielle reprit doucement. Une lumière devint verte au-dessus d’elles, et Casey enleva son casque. Mila fit de même.

Elles fixèrent les double-portes devant elles, attendant dans un silence tendu.

Les portes finirent par s’ouvrir, révélant un homme aux épaules larges dans une combinaison de vol gris foncé. « S va vous recevoir maintenant. »

L’homme monta dans l’ascenseur, un pistolet dans une main, et fit signe à Mila et Casey d’entrer dans le vaisseau.

Mila redressa ses épaules et affronta le regard dur de l’homme. Elle n’avait pas peur de ces voyous. Elle avait affronté des douzaines de criminels recherchés et s’en était sortie. Elle pouvait le refaire.

Ils croisèrent deux autres gardes dans le couloir suivant qui s’élargissait. L’un d’eux fouilla Casey et Mila et retira leur mobiGlas tandis que l’autre gardait son arme braquée sur elles. Quand ils furent satisfaits, ils les conduisirent dans le couloir jusqu’à un salon bien décoré.

Les yeux de Mila balayèrent l’endroit. Le salon était sur deux ponts, et d’autres gardes les surveillaient de derrière la rambarde du pont supérieur. D’après le style affiché ici, le contact de Casey était une ancienne fortune. Ça aurait pu appartenir aux parents de Mila ou à n’importe lequel de leurs amis sur Terra. Des panneaux de soie de Rihlah, le célèbre brocart Terran appliqué sur les bancs, une table délicate en verre et métal au centre, et un lustre de verre improbable suspendu au milieu du plafond. Des pierres irisées décoraient le lustre, et la main de Mila s’était presque portée à l’endroit où se trouvait son collier porte-bonheur. Elles ressemblaient exactement aux pierres de celui-ci.

Deux autres gardes entrèrent, portant le total à cinq sur le pont principal. Mila entrouvrit les lèvres en voyant la femme, apparemment le mystérieux « S », qui se trouvait derrière eux.

C’était la femme du stand au marché où Rhys avait acheté son collier.

Mila y regarda à deux fois. Non… il y avait des différences. Cette S était petite, avec des cheveux d’un noir spatial et des yeux bleus clairs, tout comme la femme du marché. Mais la femme devant elle portait un tailleur et une jupe bien ajustés, pas une robe ample. Ses cheveux n’étaient pas tressés, et elle n’avait pas de piercing au nez. Elle avait l’air plus… mieux conservée – la peau lisse, le résultat d’un traitement de rajeunissement. Ce n’était pas la même femme… mais Mila était prête à parier qu’elles avaient des liens l’une avec l’autre.

La femme s’approcha d’elles avec le sourire et échangea des baisers sur la joue avec Casey.

« Tu as amené une amie ? » demanda-t-elle en souriant à Mila.

« Comme je l’ai dit. J’avais besoin d’un chauffeur. »

« Et qui est-ce ? »

Mila ne répondit pas, elle essaya juste de garder son expression neutre. Elle ne pouvait laisser cette femme penser qu’elle savait quoi que ce soit sur elle.

« Ce n’est qu’une vieille amie à moi », dit Casey, la voix légère.

Les yeux de la femme s’assombrirent, son comportement poli s’estompant une fraction de seconde. Elle fit un geste à l’un des gardes.

« Viens avec moi, Elaine. Parlons par ici. »

Casey la suivit jusqu’à un ottoman près du centre de la pièce, tandis que le gardien attrapait le bras de Mila et la tirait dans un coin de la pièce, hors de portée de la discrète conversation entre Casey et S. Est-ce que S savait qui était Casey à l’origine ? Elle l’avait appelée Elaine, le nom qu’elle avait utilisé sur Tevistal.

Les deux femmes eurent une conversation intense et silencieuse pendant quelques minutes, puis Casey souleva la manche de son costume et enleva un morceau de sa peau. Fausse peau. Mila frissonna en voyant ça. Casey n’avait pas mentionné de données cachées… ni de détails sur le prix de son passage. Casey détacha une puce de sur la peau et la passa à S.

Casey vendait des données, probablement celles de Phan Pharmaceutical. Avait-elle menti sur tout ? Elle dérobait juste des données pour les vendre à des concurrents ? La colère commença à enfler dans la poitrine de Mila, et elle lutta intérieurement pour garder sa bouche fermée. Tout ce qui comptait maintenant, c’est que Mila s’en sorte vivante et indemne.

Casey termina sa transaction et retourna auprès de Mila.

« Qu’est-ce que c’était ? » souffla Mila.

L’expression de Casey était tendue. « Elle te laissera retourner à ton vaisseau dès qu’elle aura vérifié mon paiement. »

Un nouveau garde passa par la porte. « Madame. L’Advocacy a été repérée par notre éclaireur. Nous devons sauter. Maintenant. »

« Attendez… non. Mila regarda vers la porte où elles étaient entrées. Renvoyez-moi. Renvoyez-moi tout de suite. »

S les fusilla du regard et fit un geste au garde derrière Mila. « Emmenez-les chacune dans une pièce jusqu’à la fin des sauts. »

Des sauts. Ça commençait à devenir beaucoup plus compliqué.

« Laissez-moi retourner à mon vaisseau ! » La voix de Mila s’éleva.

Casey enfonça ses ongles dans la main de Mila et se pencha en chuchotant. « Ils ne te laisseront pas faire maintenant. Reprends-toi si tu veux survivre. »

Mila se détourna, essayant de faire une course désespérée pour retourner à son vaisseau.

Les gardes se rapprochèrent d’elle, saisirent ses deux bras et la traînèrent dans l’autre sens. Elle se laissa faire, ne se débattant plus, réalisant ce qu’il se passait.

Ils l’emmenèrent en haut d’une volée d’escaliers et ouvrirent la première porte qu’ils trouvèrent, la poussant à l’intérieur.

« Harnache-toi. Nous allons bientôt sauter », dit l’un des gardes.

La porte se referma et elle entendit la serrure s’enclencher. Mila parcourut d’un œil paniqué la petite pièce, puis s’enfonça dans le strapontin. Des larmes lui montaient aux yeux alors qu’elle s’attachait. Elle s’était plantée.

Elle avait toujours été capable de se sortir des emmerdes avant. Toujours. Mais pas cette fois. Elle s’enfonçait toujours plus dans une fosse qui semblait ne pas avoir de fond.

Le vaisseau ronronna légèrement lorsqu’il se mit en marche, et en quelques minutes à peine, elle sentit la sensation étouffante du premier saut. Un autre ne tarda pas à suivre, et l’espoir de Mila mourait à mesure qu’ils s’éloignaient de plus en plus de son vaisseau.

Quand L’Advocacy trouverait le Devana vide… ils sauraient. Ils sauraient qu’elle avait aidé Casey à s’échapper. Ils penseraient qu’elle travaillait avec elle.

Et ce serait vrai.

La sensation nauséeuse du troisième saut indiqua à Mila que son ancienne vie était terminée pour de bon. Maintenant, elle était une criminelle… en fuite. Elle pourrait essayer de raconter que Casey l’avait kidnappée, mais pourquoi l’aurait elle fait ? Il n’y avait aucun moyen de s’en sortir. Rhys connaissait la vérité, il connaissait leur passé commun. Si l’Advocacy lui mettait la pression…

Mila sortirait elle de ce vaisseau vivante ?

Quand le yacht fut immobilisé, Mila se détacha et fit les cent pas dans la petite pièce.

Les heures passèrent, et un garde lui apporta de la nourriture et de l’eau. La nourriture reconstituée avait le goût de la mort, comme un dernier repas avant la fin, et un repas terrible en plus. Elle pouvait à peine se rappeler ce qu’elle avait fait, à quel point sa vie avait changée en quelques heures à peine. Puis les serrures se déverrouillèrent de nouveau et elle se retourna tandis que la porte s’ouvrait.

Casey se glissa à travers et la referma rapidement. « Les gardes sont occupés… pour le moment. C’est peut-être notre seule chance de parler. »

« Tu m’as menti. Tu savais. »

« Non. Je n’ai pas menti. J’espérais te ramener au vaisseau. »

« Je ne peux plus revenir en arrière, Casey. Jamais. »

« Chut. Je suis Elaine ici. » Casey avait l’air tout à fait calme, sans être dérangée par le fait que la vie entière de Mila était en jeu.

Mila se précipita sur Casey et la poussa contre le mur de métal. « Ils ne vont pas me laisser sortir d’ici, n’est-ce pas ? Je suis un élément inconnu. Je n’étais pas censé être ici. »

Casey grimaça de douleur et son front se froissa d’inquiétude. « S… Sybil… s’assurera de savoir qui tu es avant de te laisser partir maintenant. Et quand elle découvrira que tu es une chasseuse de primes…”

« Eh bien, je crois que je sais quelque chose sur elle. Il y avait cette femme qui vendait des babioles au marché… »

« Une jeune sœur. Tu ne dis pas un mot sur le fait de savoir quoi que ce soit, compris ? Elle te tuera si elle pense que tu sais quelque chose sur elle. Elle opère dans l’illusion qu’on ne sait rien. »

Mila s’éloigna de Casey, se sentant étourdie. « Tu m’as menti. Tu vends des données… »

« Pas des armes biologiques ! Lorsque nous faisons un travail, nous recueillons des recherches inoffensives, voire bénéfiques, et nous les vendons pour financer notre cause. Mais je finance mon évasion cette fois-ci. »

« Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que tu viens de vendre ? » La voix de Mila s’éleva tandis qu’elle parlait, et elle essaya de se calmer, mais son esprit s’emballait.

« La formule d’un traitement médical qui n’a pas encore été breveté. »

« Comment puis-je croire ça ? »

« Écoute, on n’a pas le temps pour ça. » Casey posa ses mains sur les épaules de Mila, la forçant à la regarder dans les yeux. « Tu sais à propos de sa famille. Elle va découvrir pour toi. Il n’y a aucune chance qu’elle te laisse retourner à ta vie normale maintenant. Tu n’as qu’un seul choix. »

Mila se débarrassa des mains de Casey. « Quoi ? »

« Tu viens avec moi. Je vais essayer de la convaincre de nous laisser disparaître ensemble. »

« Non ! Mila recommença à faire les cent pas dans la pièce. Je ne peux pas… quitter l’Empire comme ça. »

« Si tu restes… tu viens de me libérer laissant ton vaisseau abandonné à côté d’un point de saut. Ils sauront que tu m’as aidé. Tu n’as pas d’autre choix. »

« Tu crois que je ne sais pas de quoi ça a l’air ? Tu dois m’aider à sortir d’ici. Qu’ils me déposent quelque part pour que je puisse… arranger les choses. »

« Tu en sais trop ! A propos de moi… à propos de PF… à propos de Sybil. »

Mila commençait à voir rouge, et il lui fallut tout ce qu’elle avait pour ne pas enrouler ses mains autour du cou de Casey et serrer. « Je t’ai aidé. Tu serais morte sans moi. Tu dois m’aider à arranger ça. Aide-moi à sortir d’ici. »

Casey croisa les bras sur la poitrine et jeta un coup d’œil en arrière vers la porte. « Je ne peux pas. »

« Tu le feras. »

« Ils vont t’attraper… »

« Et ça n’aura pas d’importance pour toi de toute façon. Tu seras partie depuis longtemps, cachée en territoire Xi’an. »

Casey croisa Mila du regard et soupira. « Très bien. Fais-toi tuer si c’est ce que tu veux. » Elle mit la main dans la poche de son costume et sortit une carte magnétique translucide.

« Je l’ai volé à un garde. » Casey sourit d’un air triste. « Ceci devrait t’amener dans le couloir au bout de celui-ci. Ils ont un petit 85X à cet endroit. Je sais qu’on s’arrête bientôt sur une planète. Un trou perdu, mais plein d’endroits pour se cacher. Je vais distraire les gardes pour toi. Quand je frapperai deux fois à ta porte, attends cinq minutes, alors il sera temps pour toi de partir. »

Mila regarda la carte qu’elle tenait en main.

« Merci encore, de m’avoir aidé. Je te dois la vie. » Casey l’a prise dans ses bras dans une rapide étreinte que Mila ne rendit pas. « Je suis vraiment désolée. Essaie d’être prudente. » Casey lui fit un dernier sourire triste. « Si tu changes d’avis… »

« Non, dit Mila, avec la voix brisée. Je vais arranger ça. »

Les coups arrivèrent après que Mila eut abandonné l’espoir que Casey suive le plan.

Deux coups.

Mila saisit son casque sur le sol et le serra contre sa poitrine.

Son cœur battant dans tous les sens dans sa poitrine, Mila attendit cinq minutes interminables, puis glissa la carte que Casey lui avait donnée. La porte s’ouvrit laissant apparaître un couloir vide. Elle respirait à peine alors qu’elle s’avançait avec précaution dans le couloir et regarda des deux côtés. Elle tourna à droite, comme Casey le lui avait indiqué, et se hâta vers le fond. Il s’incurvait vers la droite, l’emmenant vers une nouvelle porte.

Elle pria rapidement le dieu banu de la chance que la pièce de l’autre côté soit vide, puis elle scanna la carte.

La porte s’ouvrit sur une baie de hangar. Le 85X posé en plein milieu.

Une alarme résonna, et des lumières rouges se mirent à clignoter dans la baie.

Mila transpirait abondamment tandis qu’elle accrochait son casque.

« Hé ! »

Quelqu’un l’attaqua par derrière, la projetant à terre. Elle se défendit, tordant le bras de l’homme jusqu’à ce qu’elle soit face à lui. Un garde, celui qui avait prévenu Sybil de l’arrivée de l’Advocacy.

Mila le frappa de son poing ganté sur son visage sans protection, et il tomba à la renverse. Elle grimpa désespérément, essayant d’atteindre le cockpit du 85X, mais le garde la suivit.

Dépressuriser la baie. Les petits mots clignotaient dans le coin de l’interface du poste de pilotage. Alors que le garde s’agrippait à sa jambe, elle appuya sur le bouton à l’écran. De nouvelles alarmes s’ajoutèrent au vacarme ambiant. Les yeux de l’homme s’écarquillèrent, et il s’éloigna d’elle en courant vers la porte du hangar. Il scanna sa carte-clé, essayant de l’ouvrir, mais elle était bloquée. Il mourrait si elle ne faisait rien.

Mila interrompit la dépressurisation et tituba hors du vaisseau. Elle fonça sur l’homme, recherchant le pistolet qu’il tenait dans ses mains. Elle lui enfonça à nouveau un coude dans le ventre, et il lâcha l’arme. Elle la ramassa et la braqua sur lui.

« Dernière chance de sortir ! » hurla-t-elle. Il la regarda dans les yeux et scanna à nouveau sa carte.

Cette fois, la porte s’ouvrit. Plusieurs gardes attendaient derrière, mais il cria quelque chose et ils n’essayèrent pas d’entrer.

La porte se referma, et Mila remonta dans le vaisseau, jetant le pistolet dans le siège à côté d’elle.

Elle sortit la Starmap, ses mains tremblant d’adrénaline, priant pour qu’elle affiche plus que le néant. Ils étaient en orbite autour d’un monde colonisé ! Elle choisit un site d’atterrissage à l’ouest de la ville la plus proche. Elle pourrait y abandonner le vaisseau, se cacher dans les collines boisées, attendre jusqu’à ce qu’elle soit sûre que Sybil et ses gardes aient abandonné la recherche. Elle choisit sa destination, puis termina la séquence de préparation.

Le compte à rebours commença. Elle se harnacha dans le siège pendant que le hangar s’ouvrait, révélant un espace noir derrière lui.

Elle mit les gaz et décolla, laissant le 890 derrière elle.

Mila se dirigea directement vers la planète, n’accordant que peu d’attention au vaisseau dans son dos. S’ils tiraient sur le biplace, elle n’aurait plus à s’inquiéter. Elle ne pouvait rien faire d’autre que se rendre à son site d’atterrissage à toute vitesse.

Elle imagina Rhys. Son beau visage, ses paroles rassurantes, la façon dont il l’avait pris dans ses bras. Ce sourire espiègle qu’elle ne reverrait probablement jamais, à moins qu’elle ne se fasse prendre ou qu’elle ne trouve un moyen de régler cette situation impossible.

Tandis qu’elle entrait dans l’atmosphère de la planète, elle prit le temps pour quelques larmes.

Quelques jours auparavant, elle chassait le Fantôme.

Maintenant, elle avait besoin d’en devenir un.

Cinq mois plus tard

Mila se faufilait dans les ruelles sombres, la tête baissée, une capuche dissimulant son visage. Une mèche de ses cheveux blonds récemment coupés courts lui tomba dans les yeux, et elle cligna des yeux comme si cela les avait irrités. Les lentilles de contact de couleur verte qu’elle portait lui semblaient sèches, irritantes. Mais, au moins de loin, elle ne serait pas reconnue.

Elle jeta un coup d’œil en arrière, regarda un groupe de passants rassemblés autour d’un réchaud rouillé, et tourna vers la ruelle suivante. Elle avait atteint le secteur hôtelier.

C’était dangereux de revenir à Tevistal si peu de temps après l’incident, mais elle manquait d’options et de temps. Une douzaine de petits boulots avaient financé son existence en cours de route, mais à présent il y avait encore plus de primes sur sa tête.

Elle était pourchassée depuis des mois, avait failli être attrapée, mais jusqu’à présent, elle s’était toujours enfuie. Et c’était le seul endroit où ils ne s’attendraient probablement pas à ce qu’elle revienne.

Mila grinça des dents et marcha dans l’allée sombre entre deux hôtels. Un globe lumineux fêlé cligna, la guidant jusqu’à l’entrée d’un hôtel. Elle poussa la porte, et une odeur de pisse se répandit autour d’elle. Elle le remarqua à peine. Cet endroit était moitié moins sale que la plupart des endroits où elle avait dormi ces derniers mois.

Les voix résonnaient à travers les minces parois métalliques. Des disputes. Le bruit de deux personnes gémissantes et grognantes. Une vieille vidéo jouant à plein régime.

Mila trouva une chambre inoccupée et entra à l’intérieur. Des capteurs allumèrent des veilleuses dans la pièce. L’endroit était recouvert d’une pellicule de crasse, mais ça ferait l’affaire.

Elle ferma la porte derrière elle et actionna le mobiGlas d’occasion à son poignet. Son programme de piratage activa rapidement le RoomTab. À la suite de quoi le courant et les lumières se mirent en marche, et elle referma son mobi. Cela fonctionnerait jusqu’à ce qu’elle exécute à nouveau son programme. Pas besoin de crédits. Ce qui était bien, parce qu’il ne lui en restait plus beaucoup.

Un coup d’œil dans la pièce maintenant bien éclairée ramena un flot de souvenirs. La douleur aussi, submergeant Mila. Elle s’écroula sur le matelas sale.

Rhys et elle avaient traqué le Fantôme dans une pièce comme celle-ci.

Mila fit quelque chose qu’elle n’avait pas fait depuis des semaines. Elle relança une recherche d’actualités qu’elle avait sauvegardée dans son mobiGlas, pour voir si quelque chose avait changé depuis la dernière fois.

LE PDG DE PHAN PHARMACEUTICALS FAIT L’OBJET D’UNE ENQUÊTE

Elle regarda à nouveau la vidéo de l’arrestation du père de Casey sans le son. Le visage d’Owen Phan avait toujours cet air souverain dont elle se souvenait quand elle était petite. Lorsque Mila entendit pour la première fois que la vérité sur les armes biologiques avait éclatée, elle fut soulagée d’apprendre que Casey avait au moins dit la vérité à ce sujet. Et plus important encore, la mère de Mila avait été tenue à l’écart du scandale. Savoir que Phan ne fabriquerait plus d’armes était la seule lueur d’espoir de ces derniers jours sombres.

Presque sans réfléchir, Mila accéda à un autre reportage archivé.

Une image d’elle-même clignota dans l’air devant elle. Ou du moins ce à quoi ressemblait Mila avant. C’était la photo que l’Advocacy avait utilisée pour sa prime.

EVONY SALINAS ACCUSÉE DE COMPLICITÉ AVEC « LE FANTÔME »

L’article spéculait sur la nature du terrorisme, sur la relation entre les parents de Mila et Phan Pharmaceuticals, et sur les motifs de Mila. Même avec la révélation sur les armes biologiques, cela n’avait pas changé le fait que le Fantôme avait fait des ravages durant des mois. Casey, et par association Mila, étaient toujours considérées comme des criminels.

L’article comprenait également une petite photo de Rhys. Il avait été interpellé pour interrogatoire, mais sans preuve d’acte répréhensible de sa part, il fut finalement relâché.

Mila relut la dernière ligne.

Evony Mila Salinas est toujours en liberté, avec plusieurs primes sur la tête pour des crimes allant du vol bénin au terrorisme.

Elle retourna en arrière pour revoir le visage de Rhys une dernière fois, mais c’était comme un poignard dans le cœur. Elle éteignit le mobi.

Elle avait besoin d’atteindre rapidement le territoire Xi’an, et elle ne connaissait qu’une seule personne qui pouvait l’y amener. Sybil.

Mais elle n’avait rien trouvé d’utile sur cette femme. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle était apparentée à cette colporteuse qui vendait des babioles sur la place du marché de Tevistal, le jour du Pèlerin. C’est donc elle que Mila devait trouver. Sybil avait peut-être demandé à ses gardes de tirer à vue sur Mila après ce qu’elle avait fait… mais Sybil avait aidé Casey… pour un certain prix.

Et Mila était assez désespérée pour payer n’importe quel prix demandé par Sybil. Elle avait appris il y a quelques semaines que Rhys la traquait, qu’il essayait de l’arrêter, que son temps était compté.

Peut être… Peut-être que s’il la retrouvait sur le territoire de Xi’an, à l’abri de l’influence de l’Advocacy, elle pourrait lui expliquer. Elle pouvait espérer son pardon, au moins.

Mais d’ici là, elle serait un fantôme. Faisant ce dont elle avait besoin pour rester libre.

FIN

 


Source de cet article | Traduit par Mael Strom, relu par Kiro S. Terashii, Youpilai
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